Balbuzard pêcheur
Le Balbuzard pêcheur est l'un des rapaces les plus spectaculaires de nos contrées, et certainement le plus...
Le Butor étoilé est l'un des oiseaux les plus mystérieux et les plus fascinants de nos zones humides. On l'entend bien avant de le voir. Au printemps, depuis le cœur des grandes roselières, une voix profonde, gutturale et répétitive résonne comme un coup de tonnerre lointain ou le mugissement d'un taureau : c'est le « boom » du mâle, audible à plusieurs kilomètres, l'un des sons les plus puissants émis par un oiseau en Europe. Pourtant, apercevoir le butor lui-même relève du défi. Tapi dans les roseaux, le cou tendu vers le ciel, immobile comme une tige, il se fond totalement dans la végétation grâce à son plumage brun strié de noir qui mime parfaitement les phragmites secs. Quand on le voit enfin, surpris en vol au-dessus des roseaux, c'est une silhouette trapue, brune, lourde, qui disparaît aussitôt dans les massifs. Le Butor étoilé est de tous les oiseaux de nos contrées l'un des plus discrets, l'un des plus puissants vocalement, et l'un des plus difficiles à observer.
La Pie-grièche écorcheur est l'un des petits prédateurs les plus fascinants des milieux ouverts et semi-ouverts. Perché au sommet d'une brindille, d'un fil de clôture ou d'une branche morte, elle scrute le paysage alentour avec une attention farouche, avant de fondre sur une proie : un gros insecte, une petite souris, un oiseau blessé, qu'elle emporte vers son « garde-manger », une épingle naturelle où elle l'empale sur une pointe. Avec son dos roux, son ventre blanc rosé, son masque noir barré de blanc et sa queue grise allongée, elle a l'allure d'un petit rapace parmi les passereaux, d'un chasseur silencieux qui ne se lasse jamais de traquer.
Le Héron pourpré est l'un des plus élégants habitants des grandes roselières d'Europe et d'Afrique. Plus svelte et plus coloré que son cousin le Héron cendré, il se tient tapi dans les phragmites, le cou replié, immobile comme une statue, attendant qu'une grenouille, un poisson ou un insecte passe à portée de son bec jaillissant. Avec son dos gris violacé, ses flancs orangés, son capuchon noir descendant en longues plumes effilées sur la nuque et ses rayures longitudinales très marquées sur le cou, il a l'allure d'un échassier de peinture chinoise, tout en lignes tendues et en demi-teintes. Pourtant, il reste bien plus discret et moins visible que le Héron cendré : c'est un oiseau de l'ombre et des roseaux, qui se révèle à qui sait attendre.
Le Balbuzard pêcheur est l'un des rapaces les plus spectaculaires de nos contrées, et certainement le plus spécialisé. Il ne chasse pas les campagnols dans les champs, ni les passereaux dans les haies : il ne pêche que du poisson. Pour le captures, il s'élève au-dessus de l'eau, bat sur place, repère sa proie, puis plonge la tête la première, les ailes repliées, s'enfonçant entièrement dans l'eau avec un fracas spectaculaire, avant de réémerger, le poisson serré dans les serres, gouttelant et triomphant. Avec son dos brun sombre, son ventre blanc immaculé, son masque facial sombre barré de blanc et sa silhouette en M caractéristique en vol, il se distingue de tous les autres rapaces dès qu'il apparaît dans le ciel.
Le Phragmite des joncs est l'un de ces petits passereaux dont le chant trahit la présence bien avant que l'œil ne le localise. Tapi dans l'épaisseur des roseaux, des carex ou des saules riverains, il lance un répertoire effréné de trilles, de sifflements et d'imitations, comme s'il ne pouvait tenir en place. Il faut patienter, scruter les tiges, guetter le moindre frémissement pour apercevoir enfin cette petite silhouette brune au sourcil clair, perchée à la pointe d'un jonc, la gorge vibrante, les plumes hérissées. Le Phragmite des joncs est de ceux qui se donnent en spectacle par la voix plutôt que par le plumage, un artiste caché dans les roseaux.