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Classification

Ordre: Accipitriformes
Famille: Accipitridae
Genre: Circus
Espèce: cyaneus

Statut de conservation

Préoccupation mineure

Chants et cris

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Répartition géographique

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Le Busard saint-Martin

Le Busard Saint-Martin est l'un des rapaces les plus mystérieux et les plus élégants de nos paysages ouverts. Le mâle, avec son plumage gris cendré presque blanc par endroits, son croupion blanc éclatant et ses ailes aux pointes noires, apparaît dans le ciel des landes et des marais comme un fantôme argenté, glissant au ras des bruyères et des herbes rases avec une légèreté irréelle. La femelle, plus sombre, brune tachetée de faucon, se fond dans la végétation où elle niche au sol, ne se trahissant que par son croupion blanc barré de brun, visible de loin quand elle s'envole des bruyères. On le rencontre dans les landes, les marais, les prairies humides, les pelouses rases et parfois les jeunes plantations de résineux, partout où la végétation basse et dense offre des sites de nidification au sol et des territoires de chasse ouverts. Le Busard Saint-Martin est un oiseau de l'espace et de la lumière, du ciel ouvert et de l'horizon dégagé, qui ne supporte ni la fermeture des paysages, ni l'intensification qui remplace les landes par des cultures industrielles.

Mais derrière cette grâce aérienne se cache un Accipitridé aux ressources insoupçonnées. Le Busard Saint-Martin n'est pas seulement « le rapace gris qui vole au ras du sol » : c'est un chasseur méthodique qui quadrille son territoire en vol rasant, un nicheur terrestre qui confie ses œufs à la végétation basse, un migrant partiel qui relie les landes nordiques aux plaines méditerranéennes et africaines, et un indicateur sensible de la qualité des milieux ouverts et semi-naturels. L'observer, c'est comprendre que les landes, les marais et les prairies humides ne sont pas des espaces incultes mais des écosystèmes à haute valeur écologique, dont la préservation conditionne la survie de toute une communauté d'oiseaux de plaine.

Classification

Le Busard Saint-Martin appartient à la famille des Accipitridés, qui regroupe la plupart des rapaces diurnes (milans, buses, éperviers, aigles). C'est l'un des représentants les plus emblématiques du genre Circus, qui désigne des rapaces au vol rasant et aux longues ailes, adaptés à la chasse en terrain ouvert. Le genre Circus compte également le Busard des roseaux (Circus aeruginosus), le Busard cendré (Circus pygargus) et le Busard pâle (Circus macrourus). C'est un oiseau carnivore, lié aux milieux ouverts et semi-ouverts : landes, marais, prairies humides, pelouses, jeunes plantations et plaines agricoles. Jusqu'à récemment, les populations européennes et nord-américaines étaient considérées comme une seule espèce (Circus cyaneus), mais des travaux génétiques récents ont conduit à séparer l'espèce nord-américaine (Circus hudsonius) de l'espèce eurasiatique (Circus cyaneus), désormais restreinte à l'Ancien Monde.

Identification

Le Busard Saint-Martin est un rapace de taille moyenne, comparable au Busard des roseaux mais légèrement plus petit et plus élancé. Sa longueur est d'environ 44 à 52 cm, pour une envergure de 97 à 118 cm et un poids de 300 à 730 grammes (les femelles étant nettement plus lourdes). Le dimorphisme sexuel est net et saisissant. Le mâle adulte présente un plumage gris cendré clair, presque blanc sur le croupion et le bas du dos, avec les rémiges primaires noires bien contrastées et le dessus des ailes gris perle. Le ventre est blanc pur, finement strié de gris. Les yeux sont jaunes. Le bec est crochu, sombre, cerclé d'une cire jaune. Les pattes sont jaunes, robustes, munies de serres puissantes. La femelle est nettement plus grande et plus lourde, avec un plumage brun chaud tacheté de sombre sur le dessus, un croupion blanc caractéristique barré de brun, et le dessous brun-ocre rayé de brun foncé. Sa queue est barrée de brun et de gris. En vol, le mâle offre un contraste saisissant entre le gris clair du corps et des ailes, le blanc du croupion et le noir des pointes d'ailes, tandis que la femelle apparaît comme une grande silhouette brune au croupion blanc éclatant, la queue déployée et les ailes portées en V marqué. Les immatures ressemblent à la femelle mais sont plus roussâtres, avec un plumage plus chaud et moins contrasté. La distinction des sexes n'est fiable qu'à partir de la deuxième année. La confusion est possible avec le Busard cendré (Circus pygargus), mais ce dernier est plus petit, plus svelte, avec un dessin alaire plus contrasté et des bandes noires plus marquées sur les ailes du mâle.

Chants et cris

Le Busard Saint-Martin est un rapace plutôt silencieux en dehors de la période de nidification. Son cri le plus caractéristique est un « tchiou-tchiou-tchiou » aigu et nasal, émis en vol lors des parades ou près du nid. Ce cri peut devenir plus pressant et plus rapide lorsque les partenaires se rejoignent ou qu'un intrus s'approche. La femelle émet au nid un « kee-kee-kee » strident et répété pour réclamer la nourriture apportée par le mâle, ce dernier effectuant des passes alimentaires spectaculaires en plein vol : la femelle se retourne sous le mâle pour saisir la proie des serres. En cas de dérangement, les deux adultes lancent des cris d'alarme plus gutturaux, des « kraaa » graves et prolongés, tout en plongeant sur l'intrus en piqués répétés. Les jeunes au nid poussent des pépiements aigus et insistants, surtout lorsqu'ils perçoivent le retour d'un adulte avec une proie. Ces appels deviennent plus puissants à mesure que les jeunes grandissent et que leur appétit s'affirme.

Habitat

Le Busard Saint-Martin affectionne les vastes étendues ouvertes de végétation basse et dense : landes à bruyères, marais, prairies humides, pelouses rases, tourbières, jeunes plantations de résineux et parfois cultures de céréales d'hiver. Il a besoin de deux éléments fondamentaux : un site de nidification au sol, dans une végétation suffisament dense pour dissimuler la couvée (bruyère, ajonc, carex, roseau, céréale), et des territoires de chasse ouverts et riches en proies (prairies, landes, jachères, marais). Il évite les zones boisées fermées, les paysages fragmentés par les haies hautes et les bâtiments, les altitudes élevées et les milieux intensément cultivés sans végétation semi-naturelle. Une lande étendue avec bruyères et ajoncs, un marais ouvert avec carex et phragmites rases, une prairie humide avec végétation haute peuvent constituer un territoire adéquat. Le territoire de chasse d'un couple peut s'étendre sur plusieurs kilomètres carrés, selon la densité de proies et la qualité du milieu. En hivernage, il fréquente une gamme plus large de milieux : plaines agricoles, jachères, prairies, marais côtiers, lagunes et parfois zones humides méditerranéennes et nord-africaines.

Comportement

Le Busard Saint-Martin est un chasseur patient et méthodique. Son vol de chasse caractéristique consiste à voler lentement et bas, à quelques mètres au-dessus de la végétation, avec une trajectoire ondulante, inspectant méthodiquement le terrain. Ce vol rasant, dit « vol en quête », lui permet de surprendre les proies au sol ou en train de décoller. Il peut aussi rester posé à l'affût sur un poteau, une souche ou une butte, guettant les mouvements dans l'herbe. Il est territorial pendant la nidification : le couple défend son secteur contre les intrus de la même espèce, mais tolère souvent d'autres rapaces ou espèces à condition qu'ils ne menacent pas le nid. En automne et en hiver, les Busards Saint-Martin peuvent former des dortoirs communaux, parfois mixtes avec d'autres busards, dans les roselières, les landes ou les jachères, avec des effectifs pouvant atteindre plusieurs dizaines d'oiseaux. Le passage migratoire en automne est marqué par des mouvements groupés, les oiseaux voyageant de jour, seuls ou en petits groupes, profitant des ascendances thermiques. C'est durant ces périodes de migration qu'on peut observer les plus grandes concentrations, notamment sur les cols et les zones humides.

Le vol

Le vol du Busard Saint-Martin est l'un des plus reconnaissables du monde des rapaces. Il vole avec les ailes portées en V marqué, battant lentement et régulièrement, avec des plans prolongés. Ce vol souple et peu coûteux en énergie lui permet de parcourir de grandes distances au-dessus de la végétation sans se fatiguer. Le décollage est facile : il s'élève du sol ou d'un perchoir d'un mouvement ample, sans course préalable. Le mâle, plus léger, est particulièrement agile et peut pivoter brutalement pour fondre sur une proie aperçue. La femelle, plus massive, vole d'une allure plus lourde mais n'en est pas moins efficace. En migration, le vol devient plus haut et plus soutenu, profitant des thermiques pour couvrir de longues distances avec un minimum d'effort. Le passage migratoire postnuptial, surtout en septembre-octobre, peut donner lieu à des spectacles remarquables le long des cols et des grandes vallées.

Alimentation

Le Busard Saint-Martin est un carnivore opportuniste. Son régime varie considérablement selon le milieu, la saison et l'abondance locale des proies. Il se nourrit principalement de petits mammifères : campagnols, mulots, musaraignes, voire jeunes lapins. Il capture aussi des oiseaux, surtout des passereaux de landes et de prairies (alouettes, pipits, bruants), des poussins de rallidés ou de gibier à plume, et des oiseaux blessés ou affaiblis. Dans les zones humides, les amphibiens (grenouilles, crapauds) et les reptiles (couleuvres, lézards) complètent notablement son menu. Il consomme aussi de gros insectes (orthoptères, coléoptères) en période estivale, et occasionnellement des cadavres de petits animaux. Le mâle chasse souvent seul et rapporte les proies à la femelle au nid, transfert qui s'effectue parfois en plein vol par une passe aérienne où la femelle se retourne sous le mâle pour saisir la proie des serres. Ce transfert aérien est l'un des comportements les plus spectaculaires de l'espèce.

Reproduction et nidification

La nidification commence au printemps, dès avril dans les régions méridionales, en mai plus au nord. Le couple construit un nid au sol, dans la végétation dense des landes, des bruyères, des ajoncs, des carex ou des roseaux rases, parfois dans une culture de céréales à défaut de milieu semi-naturel disponible. C'est une plateforme sommaire faite de brindilles, de tiges sèches et de matériaux végétaux variés, avec une cuvette centrale tapissée de fibres plus fines. Le nid est souvent situé au cœur d'un massif de végétation dense, au sol, bien dissimulé mais accessible à pied. La femelle pond généralement 4 à 6 œufs, de couleur blanche bleutée, parfois sans marque ou avec des taches brun-roux. L'incubation dure environ 29 à 31 jours, assurée principalement par la femelle, pendant que le mâle ravitaille le nid en proies. Après l'éclosion, les jeunes restent au nid environ 35 à 42 jours. La femelle les couve les premiers jours puis participe progressivement à la chasse. Le mâle continue à apporter la majeure partie des proies. Les jeunes prennent leur envol au bout de cinq à six semaines et restent dépendants des parents pendant encore deux à trois semaines, période durant laquelle ils apprennent à chasser. Une seule ponte par an est la règle, mais une ponte de remplacement peut avoir lieu en cas d'échec précoce.

Distribution

Le Busard Saint-Martin a une répartition vaste couvrant une grande partie de l'Eurasie tempérée et boréale : de l'Europe occidentale à la Sibérie orientale, du nord de la Scandinavie au Moyen-Orient. Les populations nordiques et centrales sont migratrices et hivernent en Europe de l'Ouest, dans le bassin méditerranéen, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. En Europe, il niche de la péninsule ibérique à la Scandinavie et de l'Irlande à la Russie, avec des bastions en Russie, en Finlande, en France, au Royaume-Uni et dans les pays baltes. En France, il est nicheur principalement dans les régions de landes et de marais : Bretagne, Normandie, Pas-de-Calais, Somme, Marais Poitevin, Limousin, Massif central, Pyrénées, Corse. La population française est estimée entre 1 000 et 2 500 couples nicheurs, avec de fortes variations inter-annuelles liées aux conditions climatiques, au succès reproducteur et à la pression de destruction des nids dans les cultures. Le Busard Saint-Martin est donc nicheur estival migrateur et hivernant en France, avec un renforcement des effectifs hivernaux par les populations nordiques qui descendent vers les plaines et les zones humides méridionales.

Menaces et protection

Le Busard Saint-Martin demeure une espèce classée « Préoccupation mineure » (LC) par l'UICN au niveau mondial, mais sa situation en Europe est préoccupante. En France, il figure sur la liste des espèces protégées et à l'annexe I de la directive européenne « Oiseaux ». La disparition des landes et des prairies humides par l'intensification agricole, l'urbanisation et l'enrésinement réduit drastiquement les sites de nidification disponibles. Les nids installés dans les cultures sont particulièrement exposés : fauches précoces, broyages et moissons détruisent régulièrement les couvées. La perturbation humaine, notamment par les loisirs de pleine nature (randonnée, VTT, chiens) dans les landes et les marais, peut provoquer l'abandon du nid. La prédation par les renards, sangliers, chiens errants et rats touche les nids au sol. L'empoisonnement indirect par les rodenticides utilisés en agriculture constitue une menace supplémentaire. Le braconnage persiste localement, notamment dans les régions où le Busard Saint-Martin est perçu comme un concurrent pour la petite faune de chasse. Les collisions avec les lignes électriques et les éoliennes constituent une cause de mortalité en migration et en hivernage. La protection du Busard Saint-Martin passe par la préservation et la restauration des landes, des marais et des prairies humides, la mise en place de mesures de protection des nids dans les cultures (repérage, dispositifs anti-fauchage), le suivi scientifique des populations, la lutte contre l'empoisonnement environnemental et la sensibilisation du public. Préserver les landes où il niche, c'est préserver tout un écosystème dont la richesse déborde très largement l'horizon de la bruyère.

Pour aller plus loin

Observer un Busard Saint-Martin, c'est assister à l'un des spectacles les plus envoûtants de la faune des espaces ouverts. Contrairement à la plupart des rapaces qui perchent en hauteur ou planent à grande altitude, il évolue au ras des landes et des marais, glissant silencieusement au-dessus des bruyères et des carex, n'offrant que le balancement souple de ses ailes en V et l'éclat blanc de son croupion. Quand on l'a vu une fois, on ne le confond plus avec rien. Le mâle, surtout, avec son plumage gris cendré presque fantomatique, semble flotter au-dessus du paysage plus qu'il ne vole, porté par le vent comme une feuille vivante. Mais ce qui frappe le plus, c'est peut-être la scène familiale : la femelle posée au sol dans les bruyères, immobile, attendant le retour du mâle qui surgit à pleine vitesse, lâche la proie et repart aussitôt, tandis que les jeunes pépient dans la cuvette. C'est là que se joue l'avenir de l'espèce. Car le Busard Saint-Martin, aussi adaptable soit-il, ne peut survivre sans landes, sans marais, sans ces espaces ouverts où la végétation basse et la tranquillité coexistent. Là où il niche, il y a un milieu vivant, complexe, menacé. Et sa présence, plus que celle de n'importe quel autre oiseau, signale la bonne santé (ou la fragilité) des espaces semi-naturels. Préserver le Busard Saint-Martin, c'est préserver tout un paysage dont la richesse déborde très largement l'horizon de la lande. Et chaque vol rasant au lever du jour est une promesse : celle qu'il existe encore des espaces assez vastes, assez ouverts, assez sauvages pour abriter le plus fantomatique de nos rapaces.

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