Sélectionnez votre langue

Classification

Classe: Aves
Ordre: Charadriiformes
Famille: Laridae
Genre: Chlidonias
Espèce: hybrida

Statut de conservation

Préoccupation mineure

Chants et cris

Recherche de chants...

Répartition géographique

Chargement...

La Guifette moustac est la plus discrète et la plus difficile à observer des trois guifettes européennes. Avec sa petite taille, son vol léger et son plumage gris fumé, elle plane au-dessus des roselières comme un écho de sterne devenue oiseau des marais. En plumage nuptial, elle arbore un casque sombre, des joues blanches encadrées de bandes noires (les « moustaches » qui lui ont donné son nom) et un ventre blanc délicat, contrastant avec le corps gris ardoise. Contrairement aux sternes marines qui plongent en piqué depuis les airs, elle capture ses proies en effleurant la surface de l'eau, pêchant en effleurant la surface de l'eau au-dessus des nappes flottantes. On la rencontre dans les marais, les roselières bordant les étangs et les lacs, les prairies inondées et les lagunes, partout où l'eau calme et la végétation aquatique offrent à la fois des perchoirs de chasse et des supports de nidification. La Guifette moustac est un oiseau de transition, entre les sternes qui s'exposent en mer et les oiseaux qui se cachent dans l'ombre des roseaux.

Mais derrière cette allure d'ombre se cache un Laridé aux ressources insoupçonnées. La Guifette moustac n'est pas seulement « la petite sterne grise des roselières » : c'est un chasseur exceptionnel qui plane en vol stationnaire pour lire la surface de l'eau, un nicheur sophistiqué qui construit son nid sur des nappes de végétation flottante à la manière du Grèbe huppé, une migratrice transsaharienne qui relie les roselières européennes aux grands lacs d'Afrique de l'Est, et un indicateur sensible de la qualité des roselières inondées. L'observer, c'est comprendre que les roselières ne sont pas des décors monolithiques mais des écosystèmes sophistiqués, qui offrent nourriture, protection et reproduction à des oiseaux qui dépendent d'un équilibre subtil entre l'eau, la lumière et la végétation.

Classification

La Guifette moustac appartient à la famille des Laridés, qui regroupe les goélands, les mouettes et les sternes à travers le monde. C'est l'un des représentants du genre Chlidonias, qui désigne les guifettes (sternes d'eau douce au vol léger, adaptées aux milieux palustres plutôt qu'au large marin). Le genre Chlidonias compte également la Guifette noire (Chlidonias niger), la Guifette leucoptère (Chlidonias leucopterus) et la Guifette d'Amérique (Chlidonias surinamensis). Le nom français « moustac » vient de l'arabe tunisien moustac, désignant une moustache, en référence aux bandes blanches qui encadrent le disque facial sombre de l'oiseau. C'est un oiseau carnivore, principalement insectivore et piscivore, lié aux milieux aquatiques doux ou saumâtres : roselières, prairies inondées, lagunes, étangs et lacs. Trois sous-espèces sont reconnues à travers son aire de répartition eurasiatique et australasienne, mais une seule niche en Europe : Chlidonias hybrida hybrida.

Identification

La Guifette moustac est une sterne de taille moyenne, légèrement plus grande et plus robuste que la Guifette noire. Sa longueur est d'environ 23 à 28 cm, pour une envergure de 72 à 78 cm et un poids de 60 à 85 grammes (les femelles étant légèrement plus légères). Le dimorphisme sexuel est faible et peu visible sur le terrain. En plumage nuptial, l'adulte présente un casque sombre (gris-brun à noir) couvrant la calotte et descendant en bandeaux latéraux sous les yeux, encadrant des joues blanches : les fameuses « moustaches » blanches qui distinguent l'espèce. Le corps est gris fumé, le dessous blanc avec une légère teinte rosée au niveau du ventre chez le mâle. Le bec est long, fin, rouge sombre. Les pattes sont rouge sombre, courtes et robustes. En plumage inter-nuptial, le casque disparaît presque entièrement : la tête devient blanche avec une tache sombre en arrière de l'œil et le corps devient gris clair et blanc, ressemblant alors à une petite mouette des dunes. La femelle est identique au mâle, légèrement plus petite. Les immatures ressemblent aux adultes internuptiaux mais sont plus bruns, avec des bordures beige sur le dos et une queue plus courte. La confusion est possible avec la Guifette noire (Chlidonias niger), mais cette dernière est plus sombre sur le ventre en plumage nuptial (gris foncé au lieu de blanc) et plus petite. La confusion est aussi possible avec la Guifette leucoptère (Chlidonias leucopterus), mais cette dernière présente un dessus gris très clair et des épaules blanches caractéristiques en plumage nuptial.

Chants et cris

La Guifette moustac est un oiseau vocal, surtout en période de nidification. Le cri le plus typique est un « kerr » ou « kerreck » râpeux et strident, émis en vol, au repos et lors des parades. Ce cri est plus doux et plus râpeux que celui de la Guifette noire, dont le cri est plus sec et plus descendant. En colonie, les échanges vocaux créent une ambiance sonore continue, faite de cris râpeux, de claquements de bec et de volets d'ailes. En période de parade nuptiale, le mâle effectue des vols circulaires au-dessus de la roselière, émettant des cris plus soutenus et présentant des proies à la femelle dans son bec, selon un rituel nuptial comparable à celui des sternes marines. La femelle émet des vocalises plus douces au nid, des « kr-krrr » graves lors des relèves. Les jeunes poussent des pépiements aigus et insistants, des « ti-ti-ti » répétés, pour solliciter les parents en quête de nourriture. Ces appels s'entendent à plusieurs centaines de mètres dans les roselières.

Habitat

La Guifette moustac affectionne les eaux douces ou saumâtres, calmes et riches en végétation aquatique, entourées de roselières ou parsemées d'îlots végétalisés. On la rencontre dans les marais, les roselières bordant les grands étangs et les lacs, les prairies humides inondées, les lagunes saumâtres, les réservoirs, les bras morts de rivières et les gravières inondées. Elle a besoin de deux éléments fondamentaux : une eau calme et claire permettant la chasse à l'affût en vol stationnaire, et une végétation flottante ou émergente (nénuphars, roseaux, massettes, nymphéas) servant de support de nidification. Contrairement à la Guifette noire, elle privilégie les roselières plutôt que les plans d'eau ouverts, et niche souvent sur des plateformes végétales émergeant de l'eau plutôt que sur les vasières nues. Elle évite les eaux profondes sans végétation émergente, les milieux entièrement découverts, les eaux turbides ou polluées, et les zones très fréquentées par l'homme. Un grand étang avec roselière périphérique et nappes de nénuphars, un marais avec chenaux et îlots, une lagune avec phragmites et granges de lodges peuvent constituer un territoire adéquat. Le territoire de chasse d'un couple peut s'étendre sur plusieurs kilomètres autour du nid. En migration et en hivernage, elle fréquente une gamme plus large de milieux : lacs africains, prairies inondées, lagunes côtières, deltas et grands fleuves.

Comportement

La Guifette moustac est un oiseau sociable, qui se regroupe en colonies de reproduction et forme des rassemblements en dehors de la période de nidification. Son comportement de chasse est caractéristique : elle plane en vol stationnaire au-dessus de l'eau, le bec dirigé vers le bas, scrutant la surface à la recherche de proies visibles. Dès qu'elle repère une proie, elle plonge brièvement, effleurant la surface, et repart aussitôt avec sa prise. Contrairement aux sternes marines, elle ne plonge pas en profondeur : elle ne prélève ses proies qu'à la surface ou juste en dessous. Elle peut aussi chasser depuis un perchoir, posée sur une branche de roseau, une souche ou une touffe émergente, guettant le passage des proies. Elle est farouche et difficile d'approche en période de nidification : les oiseaux quittent souvent leur nid dès l'approche d'un bateau ou d'un promeneur. À la nidification, elle devient territoriale : le couple défend un périmètre restreint autour du nid, chassant les intrus par des plongés sur l'intrus et des cris stridents. La Guifette moustac est une migratrice transsaharienne : les populations européennes quittent leurs quartiers de reproduction entre août et septembre pour rejoindre les lacs et les marais d'Afrique de l'Est (Nil supérieur, lacs du Rift, bassin du Congo). Le retour s'effectue en avril-mai.

Le vol

Le vol de la Guifette moustac est léger, souple et gracieux, l'un des plus élégants du monde des Laridés d'eau douce. Elle bat des ailes à une cadence régulière et souple, avec des phases de plané prolongées, parcourant l'eau à faible altitude, le cou tendu, le bec pointé vers la surface. Le décollage est facile et direct : l'oiseau s'élève depuis l'eau ou la végétation d'un bond, sans course préalable. Sa particularité la plus remarquable est le vol stationnaire : elle peut suspendre son vol immobile au-dessus de la surface, battant des ailes avec précision, pendant plusieurs secondes, avant de plonger en effleurant l'eau (un mouvement presque de libellule, où la précision compte plus que la vitesse). En migration, le vol devient plus haut et plus soutenu, souvent en groupes lâches, de jour comme de nuit. La Guifette moustac voyage en colonnes lâches le long des grandes vallées fluviales, franchissant la Méditerranée puis le Sahara, et se pose dans les zones humides pour se reposer et se nourrir. C'est pourquoi elle peut être observée en migration active le long des grands axes migratoires, notamment lors des passages de printemps.

Alimentation

La Guifette moustac est un carnivore opportuniste, principalement piscivore et insectivore. Son régime varie selon la saison et l'abondance locale des proies. Elle se nourrit de petits poissons : épinoches, goujons, vairons, alevins de cyprinidés, et de toutes les proies nageant à la surface ou juste en dessous. Elle capture aussi des insectes aquatiques et aériens : libellules adultes et leurs larves, éphémères, chironomes, dytiques, navettes. Dans les prairies humides, elle capture des amphibiens (petites grenouilles, têtards), des têtards, des mollusques aquatiques et des araignées. En migration, elle se nourrit largement d'insectes aériens, capturés en vol ou au repos sur les planches d'eau. La technique de chasse principale est l'effleurement : elle survole l'eau à faible vitesse, repère sa proie et saisit un petit coup de bec à la surface (une technique appelée « trempage » ou « pêche en trempeau », sans plongée profonde). Les jeunes reçoivent des proies de petite taille, principalement des alevins et des insectes aquatiques, de plus en plus grosses à mesure qu'ils grandissent.

Reproduction et nidification

La nidification commence au printemps, dès avril-mai au retour de migration. Le couple construit un nid au-dessus de l'eau, sur un support flottant ou émergent : nappe de nénuphars, socle de roseaux couchés, plateforme de végétation échouée, tapis de carex flottant, parfois une souche émergeant de l'eau. C'est une coupe relativement élaborée par rapport aux autres guifettes, faite de tiges et de feuilles de plantes aquatiques, avec une cuvette centrale plus douce. Le nid flotte ou repose sur la végétation, montant et descendant avec le niveau de l'eau, une adaptation remarquable aux fluctuations du niveau d'eau dans les marais. La Guifette moustac niche en colonies, souvent avec la Guifette noire ou le Grèbe huppé, mais les colonies restent généralement modestes, de quelques couples à quelques dizaines. La femelle pond généralement 3 à 4 œufs, de couleur beige-olive tacheté de brun-noir, parfaitement mimétiques avec le substrat végétal. L'incubation dure environ 18 à 20 jours, assurée par les deux parents alternativement. Après l'éclosion, les jeunes restent au nid ou à proximité, escaladant la végétation flottante dès leurs premiers jours, puis prennent leur envol au bout de 4 à 5 semaines. Les deux parents participent activement au nourrissage et à la protection. Une seule ponte par an est la règle, mais une ponte de remplacement peut avoir lieu en cas d'échec précoce.

Distribution

La Guifette moustac a une répartition vaste mais fragmentée couvrant les zones humides d'Eurasie, d'Afrique et d'Australasie. En Europe, elle niche principalement dans les grandes roselières du bassin méditerranéen et de l'Europe orientale : delta du Danube, Marais pontins, deltas ibériques (Ebro), Grèce, Hongrie, Russie méridionale. Les populations européennes sont migratrices et hivernent en Afrique subsaharienne, principalement dans les grands lacs et les marais d'Afrique de l'Est et de l'Ouest. En France, elle est nicheuse très localisée, principalement en Camargue (son principal bastion français) et dans les grandes roselières de l'Hérault, du Languedoc et de l'estuaire de la Loire. La population nicheuse française est estimée entre 300 et 600 couples, concentrée sur quelques grands sites méditerranéens. En Alsace et en Dombes, des couples isolés nichent de façon sporadique. La Guifette moustac est donc nicheuse rare et localisée en France, migratrice et de passage, l'espèce étant surtout visible à la migration de printemps (avril-mai) et d'automne (août-septembre) le long des grandes vallées fluviales et sur les grands étangs.

Menaces et protection

La Guifette moustac demeure une espèce classée « Préoccupation mineure » (LC) par l'UICN au niveau mondial, mais sa situation en Europe occidentale est préoccupante. En France, elle figure sur la liste des espèces protégées et à l'annexe I de la directive européenne « Oiseaux ». La destruction des roselières par le curage, le brûlage, le pâturage intensif et la coupe mécanisée réduit drastiquement les sites de nidification disponibles. La régulation artificielle du niveau des eaux (marnage trop important ou variations brutales) noie ou assèche les nids flottants, affectant directement le succès reproducteur. L'eutrophisation et la pollution des eaux par les pesticides et les nitrates réduisent la clarté de l'eau et la disponibilité des proies. La perturbation humaine, notamment par la navigation de plaisance, la pêche et la fréquentation touristique des roselières, peut provoquer l'abandon de la colonie. La prédation par les goélands, les corvidés, les rats et les renards touche les nids flottants accessibles. La chasse illégale et la capture pendant la migration, notamment dans les pays méditerranéens et africains, constituent une menace sérieuse pour un migrateur transsaharien. La protection de la Guifette moustac passe par la préservation et la restauration des grandes roselières, le maintien de niveaux d'eau stables pendant la période de reproduction, la création de zones de quiétude interdites à la navigation pendant la nidification, le suivi scientifique des colonies et la coopération internationale pour la protection des voies de migration et des quartiers d'hivernage africains.

Pour aller plus loin

Observer une Guifette moustac, c'est accepter de patiemment scruter l'entre-deux du marais : ni le large ouvert où s'exposent les sternes marines, ni l'ombre profonde de la roselière où se cachent les râles, mais cette zone intermédiaire de nappes flottantes et de hérons aériens que peu d'oiseaux colonisent. Elle se signale d'abord par son cri (un « kerr » râpeux et continu qui traverse l'étang) puis par sa silhouette, plane et légère, tourbillonnant au-dessus de l'eau, brusquement suspendue, puis piquant en effleurant la surface sans faire de vague. On la confond parfois avec une mouette, tant sa démarche paraît désinvolte, tant son gris fumé paraît modeste. Mais quand on la voit en plumage nuptial, le casque noir sur la tête, les moustaches blanches nettes sous les yeux, on comprend qu'elle n'est pas une imitation, mais une spécialiste : la seule des Laridés français qui ait choisi de vivre, de chasser et de nicher exclusivement dans la roselière. Et puis il y a son nid, qui flotte sur les nénuphars et qui monte et descend avec les marais, un nid fragile posé sur l'eau comme une expression de confiance envers le milieu qui le porte. Là où elle niche, il y a des roselières profondes, une eau claire et poissonneuse, une tranquillité que peu d'étangs offrent encore. Derrière son plumage gris fumé, son bec sombre et son casque noir, la Guifette moustac reste un oiseau de paradoxes (sterne d'eau douce, migratrice transsaharienne mais fidèle à sa roselière, discrète mais grégaire), dont la présence signale des roselières vivantes et d'une qualité rare. Et chaque vol stationnaire au-dessus des nénuphars est une promesse : celle qu'il existe encore des roselières assez vastes, assez tranquilles, assez vivantes pour abriter la plus secrète de nos sternes.

 +33 9 72 10 26 24

(appel non surtaxé)

Nous sommes à votre écoute 
du lundi au vendredi de 9h à 19h.