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Classification

Classe: Aves
Ordre: Anseriformes
Famille: Anatidae
Genre: Branta
Espèce: leucopsis

Statut de conservation

Préoccupation mineure

Chants et cris

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Répartition géographique

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La Bernache nonnette est l'une des oies les plus remarquables et les plus joliment parées de notre continent. Avec son visage blanc éclatant, son cou et sa poitrine noirs, son dos gris-barre de fines lignes noires et blanches, et son ventre blanc, elle offre un contraste saisissant qui la rend identifiable entre mille. Plus petite et plus élégante que l'Oie cendrée, elle se déplace en troupeaux compacts et bruyants, survolant les marais et les prairies avec un vol rapide et groupé, ponctué de cris aigus et bavards. On la rencontre dans les estuaires, les baies côtières, les polders, les prairies humides et les plaines agricoles littorales, partout où l'herbe rase et les grands espaces dégagés offrent nourriture et sécurité. La Bernache nonnette est un oiseau du nord, de la lumière basse et du grand large, qui descend vers nos côtes chaque automne comme un messager de l'Arctique.

Mais derrière cette allure de bijou volant se cache un Anatidé aux ressources insoupçonnées. La Bernache nonnette n'est pas seulement « la petite oie noire et blanche des estuaires » : c'est une migratrice arctique qui relie les falaises gelées du Spitzberg et du Groenland aux prairies atlantiques françaises et néerlandaises sur des milliers de kilomètres, une nicheuse de falaises qui ose bâtir son nid au bord du vide à trente mètres au-dessus des flots, une herbivore stricte qui broute l'herbe avec une efficacité redoutable, et un oiseau dont l'expansion récente vers le sud défie les schémas migratoires établis. L'observer, c'est comprendre que les prairies littorales et les polders ne sont pas des étendues ordinaires mais des maillons vitaux d'une chaîne qui relie l'Arctique à nos côtes, et dont la préservation conditionne la survie de toute une communauté d'oies migratrices.

Classification

La Bernache nonnette appartient à la famille des Anatidés, qui regroupe les canards, les oies et les cygnes à travers le monde. C'est l'un des représentants les plus typiques du genre Branta, qui désigne les oies noires (oies à plumage sombre contrasté de blanc, adaptées aux régions nordiques et arctiques). Le genre Branta compte également la Bernache cravant (Branta bernicla), la Bernache du Canada (Branta canadensis) et la Bernache à cou roux (Branta ruficollis). Le nom français « nonnette » viendrait de « nonne », en référence au visage blanc et noir évoquant la coiffe d'une religieuse. C'est un oiseau herbivore strictement phytophage, lié aux milieux ouverts et herbacés : toundra arctique, falaises côtières, estuaires, polders, prairies humides et plaines agricoles littorales. L'espèce est mono-typique, sans sous-espèce reconnue.

Identification

La Bernache nonnette est une oie de taille moyenne, nettement plus petite et plus svelte que l'Oie cendrée. Sa longueur est d'environ 55 à 70 cm, pour une envergure de 120 à 145 cm et un poids de 1 200 à 2 200 grammes (les mâles étant légèrement plus lourds). Le dimorphisme sexuel est faible et difficile à évaluer sur le terrain : le mâle est légèrement plus grand et plus massif, avec un contraste de plumage légèrement plus marqué. Le plumage adulte est inconfondable : le visage et la gorge sont blancs, le front et la calotte sont noirs, le cou et la poitrine sont noirs, le dos est gris bleuté barré de fines lignes noires et blanches, les flancs sont gris strié, et le ventre est blanc. La queue est noire. Le bec est court, noir. Les pattes et les doigts sont noirs, palmés. Les yeux sont sombres. En vol, elle se distingue par sa silhouette compacte, sa tête et son cou noirs tranchant sur le visage blanc, son dos gris clair et son ventre blanc. Les battements d'ailes sont rapides et souples. La femelle est identique au mâle, légèrement plus petite. Les immatures ressemblent aux adultes mais sont plus ternes, avec un visage blanc moins pur, un cou noir moins contrasté et des stries du dos moins marquées. La confusion est possible avec la Bernache cravant (Branta bernicla), mais cette dernière est plus petite, avec un ventre sombre, une tache blanche sur le cou et un dos plus sombre. La confusion est aussi possible avec la Bernache du Canada (Branta canadensis), mais cette dernière est nettement plus grande, avec une gorge blanche et un menton noir.

Chants et cris

La Bernache nonnette est un oiseau bruyant et bavard, surtout en vol et en troupeau. Son cri le plus typique est un « ka-ka-ka » ou « kwak-kwak » aigu, sec et répétitif, plus haut perché et plus nasillard que le cri grave de l'Oie cendrée. Ce cri est émis en vol, au repos, lors des parades et des échanges entre individus. En troupeau, les cris se mêlent en un concert continu et bavard, fait d'appels croisés, de claquements de bec et de battements d'ailes, qui signale la présence d'un groupe à plusieurs centaines de mètres. En période de parade nuptiale, le mâle émet des cris plus soutenus, des séries de « ka-ka-ka » répétées en dressant la tête et en gonflant la poitrine, accompagnées de hochements rituels et de brefs vols ondulants. La femelle émet des vocalises plus douces et plus courtes, des « ung-ung » graves au nid, surtout lors de la couvaison. Les jeunes poussent des pépiements aigus et insistants, des « wi-wi-wi » répétés, pour solliciter les parents. Ces appels s'entendent à plusieurs centaines de mètres dans les marais et les prairies.

Habitat

La Bernache nonnette affectionne les grands espaces ouverts et herbacés, à proximité immédiate de l'eau. En période d'hivernage, on la rencontre dans les estuaires, les baies côtières, les polders, les prairies humides littorales, les marais maritimes et les plaines agricoles du littoral. En période de nidification arctique, elle occupe les falaises côtières rocheuses, les îlots et les pentes herbeuses surplombant la mer. Elle a besoin de deux éléments fondamentaux : de grandes étendues d'herbe rase pour le pâturage et un site de nidification surélevé et protégé des prédateurs terrestres (falaise, îlot, corniche rocheuse). Elle évite les zones boisées, les milieux fermés, les zones intensément urbanisées et les prairies très fragmentées. Un estuaire avec vasières et prairies adjacentes, un polder avec herbus et canaux, un marais maritime avec îlots peuvent constituer un territoire d'hivernage adéquat. Le territoire de nourrissage d'un troupeau peut s'étendre sur plusieurs centaines d'hectares de prairie. En hivernage, elle peut s'éloigner des zones humides pour brouter les cultures fourragères et les céréales d'hiver dans les plaines agricoles.

Comportement

La Bernache nonnette est un oiseau profondément social et grégaire. En dehors de la période de nidification, elle se rassemble en troupeaux parfois considérables, comptant plusieurs centaines voire plusieurs milliers d'individus dans les grands sites d'hivernage. Ces troupeaux sont structurés en unités familiales : les couples accompagnés de leurs jeunes de l'année restent ensemble pendant tout l'hiver. Le comportement de nourrissage est typique : les bernaches broutent l'herbe des prairies en marchant lentement, arrachant les tiges avec leur bec court et puissant, picorant les graines au sol. Elles peuvent aussi patauger dans l'eau peu profonde pour glaner des végétaux aquatiques. Elle est farouche et méfiante : les troupeaux postent des sentinelles qui surveillent l'horizon et donnent l'alarme au moindre danger, déclenchant le décollage massif du groupe. À la nidification, elle devient territoriale : le couple défend un périmètre restreint autour du nid, chassant les intrus par des postures d'intimidation (cou dressé, ailes déployées, bec ouvert, cris aigus) et des poursuites en vol. La Bernache nonnette est un migrateur arctique : les populations du Spitzberg, du Groenland et de Russie quittent leurs quartiers de reproduction entre septembre et octobre pour rejoindre les côtes atlantiques de l'Europe de l'Ouest, les Pays-Bas, la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne. Le retour s'effectue en mars-avril. Des populations naturalisées, issues d'oiseaux échappés, se sont établies dans plusieurs pays d'Europe tempérée et effectuent des migrations très courtes ou sont sédentaires.

Le vol

Le vol de la Bernache nonnette est rapide, souple et généralement en formations organisées : en V, en ligne oblique ou en troupeaux compacts. Les battements d'ailes sont amples et rapides, avec un rythme plus serré que celui de l'Oie cendrée, témoignant de sa taille plus réduite. Le décollage est laborieux : les bernaches doivent courir en battant des ailes sur plusieurs mètres avant de s'élever, depuis l'eau comme depuis la terre, avec un vacarme d'ailes et de cris. Une fois lancées, elles volent vite et droit, avec une vitesse de croisière d'environ 60 à 70 km/h. En vol, le cou est tendu vers l'avant et les pattes dépassent derrière la queue. La formation en V réduit la traînée aérodynamique pour les oiseaux suivants et permet des rotations régulières. Le passage migrateur, surtout en octobre-novembre et en mars-avril, est accompagné d'un concert de cris aigus et bavards qui annonce l'arrivée des formations bien avant qu'elles ne soient visibles.

Alimentation

La Bernache nonnette est un herbivore strictement phytophage. Son régime est composé essentiellement de végétaux : herbes rases, graminées, joncs, carex, feuilles de plantes aquatiques, graines au sol et baies. En hiver, elle broute les pâturages, les prairies de fauche, les chaumes, les jeunes pousses de céréales d'hiver, les betteraves et les restes de récolte. Elle se nourrit par pâturage en marchant lentement dans les prairies, arrachant l'herbe avec son bec court et tranchant. Elle peut aussi patauger dans l'eau peu profonde pour glaner des végétaux aquatiques. En région arctique, elle consomme des lichens, des mousses et des plantes de toundra. Les jeunes reçoivent une alimentation exclusivement végétale dès les premiers jours, broutant l'herbe sous la conduite des parents. La Bernache nonnette joue un rôle écologique notable dans l'entretien des prairies littorales par pâturage, maintenant une mosaïque de hauteurs de végétation favorable à d'autres espèces d'oiseaux.

Reproduction et nidification

La nidification commence au printemps, dès mai-juin dans les régions arctiques. Le couple construit un nid dans une cavité rocheuse, sur une corniche de falaise, dans une anfractuosité ou parfois au sol sur un îlot inaccessible aux prédateurs terrestres. C'est une plateforme faite de tiges, de mousses, de lichens et de matériaux végétaux divers, avec une cuvette centrale tapissée de duvet prélevé sur le corps de la femelle. Le nid est souvent situé en hauteur, parfois à plus de trente mètres au-dessus de la mer, exposé au vent et au froid. La femelle pond généralement 3 à 5 œufs, de couleur blanc-crème, lisses et brillants. L'incubation dure environ 24 à 25 jours, assurée par la femelle seule, le mâle montant la garde à proximité et défendant le territoire. Après l'éclosion, les jeunes sont nidifuges : ils quittent le nid presque immédiatement. Pour les nids en falaise, les jeunes doivent sauter dans le vide et tomber vers le sol, parfois de plusieurs dizaines de mètres, amortissant leur chute par leurs ailes duveteuses, l'un des spectacles les plus extraordinaires de la nature. Les deux parents participent activement à la protection et au guidage des jeunes pendant plusieurs semaines. Les jeunes prennent leur envol au bout de 6 à 7 semaines et restent en compagnie des parents pendant tout l'hiver, migrant en famille. Une seule ponte par an est la règle.

Distribution

La Bernache nonnette a une répartition nord-atlantique couvrant les régions arctiques et boréales de l'Europe et de l'Atlantique Nord. Les principales populations nicheuses sont au Spitzberg, au Groenland oriental, en Nouvelle-Zemble et sur les côtes de la Baltique (Suède, Estonie, Finlande). Les populations arctiques sont migratrices et hivernent sur les côtes de la mer du Nord, aux Pays-Bas, en Allemagne du Nord, en France, au Royaume-Uni et en Irlande. En France, elle est principalement hivernante, concentrée dans les grands sites littoraux : baie de Somme, baie du Mont-Saint-Michel, marais de l'Ouest, Pertuis charentais, Camargue, Landes et estuaire de la Gironde. La population hivernante française est estimée entre 30 000 et 80 000 individus, selon les années et les conditions climatiques. Des populations naturalisées, issues d'oiseaux échappés, nichent désormais aux Pays-Bas, en Allemagne, en Belgique et sporadiquement en France. La Bernache nonnette est donc nicheuse rare et localisée (populations naturalisées) et hivernante abondante en France, avec un pic d'effectifs en décembre-janvier.

Menaces et protection

La Bernache nonnette demeure une espèce classée « Préoccupation mineure » (LC) par l'UICN, et ses populations sont globalement en forte augmentation depuis les années 1960. En France, elle figure sur la liste des espèces protégées et à l'annexe I de la directive européenne « Oiseaux ». Historiquement, la Bernache nonnette était considérée comme un oiseau rare et localisé, cantonné à quelques estuaires. Son expansion spectaculaire est l'un des succès de la conservation des oiseaux en Europe, résultant de la protection légale, de la création de réserves naturelles littorales et de l'interdiction de la chasse dans les principaux sites d'hivernage. Les menaces résiduelles sont la disparition des prairies humides littorales par l'urbanisation et l'intensification agricole, la perturbation humaine par les loisirs de pleine nature et la fréquentation touristique des sites d'hivernage, la prédation par les renards et les rapaces sur les nids arctiques et les jeunes, le braconnage persistant localement, les collisions avec les lignes électriques et les éoliennes en migration, et le changement climatique qui menace les écosystèmes arctiques dont dépend la reproduction. La protection de la Bernache nonnette passe par la préservation des prairies littorales et des estuaires, le maintien de réserves naturelles inaccessibles au public sur les sites d'hivernage, le suivi scientifique des populations et la coopération internationale pour la conservation des voies de migration arctiques.

Pour aller plus loin

Observer une Bernache nonnette, c'est assister à l'un des spectacles les plus joyeux de l'hiver sur nos côtes. Contrairement à l'Oie cendrée dont les cris graves et rauques évoquent la puissance, la Bernache nonnette bavarde sans cesse, échangeant des appels aigus et répétitifs qui donnent à ses troupeaux une ambiance de cour de récréation. Quand on entend un groupe arriver, on lève la tête avant de le voir : d'abord le son, bavard et pressé, comme une conversation animée qui descend du ciel, puis les silhouettes, compactes et blanches et noires, découpées contre les nuées de novembre. Mais ce qui frappe le plus, c'est son histoire : cette oie arctique, autrefois rare et fugace, a conquis nos côtes en quelques décennies, multipliant ses effectifs et colonisant de nouveaux sites d'hivernage, comme si elle avait décidé que les prairies françaises et néerlandaises méritaient qu'on s'y installe durablement. Et puis il y a le prodige de la nidification arctique : la femelle nichant sur une corniche de falaise à trente mètres au-dessus des vagues, et les jeunes, à peine éclos, devant sauter dans le vide et tomber en tournoyant vers le sol, amortis par leurs ailes duveteuses, rejoints par les parents au pied de la falaise pour une marche de plusieurs kilomètres vers les zones de nourrissage. Ce saut de la mort, ce pari du vide, est l'un des actes les plus extraordinaires de tout le règne animal. Là où elle hiverne, il y a des prairies ouvertes, des estuaires préservés, une eau libre et une tranquillité que peu de littoraux offrent encore. Derrière son visage blanc, son cou noir et ses cris bavards, la Bernache nonnette reste un oiseau de paradoxes (enfant du froid mais bavarde du sud, arctique mais installée, sauvage mais naturalisée), dont la présence chaque hiver sur nos côtes rappelle que les prairies littorales méritent une vigilance constante et que la migration arctique est un phénomène qui dépasse les frontières. Et chaque troupeau bavard dans le ciel d'octobre est une promesse : celle qu'il existe encore des falaises assez sauvages au nord et des prairies assez ouvertes au sud pour abriter la plus élégante de nos oies migratrices.

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