Ce matin, le froid mordait encore l'air lorsque les éco-délégués du Collège Sonia Delaunay de Gouvieux se sont réunis pour une animation dédiée à la biodiversité. Six degrés Celsius affichaient les thermomètres au départ, mais un grand soleil accompagnait toute la matinée, offrant cette fraîcheur vivifiante si agréable aux premières heures. Une lumière rasante qui prolonge les ombres et réveille les couleurs automnales de la forêt.
Avant de rejoindre le Bois des Bouleaux, au cœur de la forêt communale de Gouvieux, nous avons pris un temps d'arrêt autour d'un chiffre, un seul, mais lourd de sens : 75 % d'effondrement de la biodiversité des vertébrés depuis 1970. Derrière ce chiffre vertigineux, toute la réalité de la crise écologique que traversent les populations animales mondiales. Les élèves, attentifs, ont mesuré l'ampleur du phénomène avant même d'avoir posé le pied dans le bois. Une entrée en matière idéale pour donner du sens à ce qui allait suivre.
Le Bois des Bouleaux comme terrain d'exploration
Direction ensuite le bois, où la matinée s'est déployée en observations multiples : oiseaux, arbres, plantes, champignons… bref, tout ce que la nature offre à qui prend le temps de regarder. Et ce matin, il y avait beaucoup à voir et surtout à entendre.
Côté oiseaux, le concert automnal était au rendez-vous. Les étourneaux sansonnets animaient les hauteurs de leurs trilles et babillages variés, ces imitateurs hors pair capables de reproduire les cris de leurs congénères. Non loin, des perruches à collier ont fait sensation avec leurs crissements caractéristiques : cette espèce originaire d'Afrique et d'Asie, installée depuis plusieurs décennies en Île-de-France et en Picardie, suscite toujours autant d'étonnement et de questions sur les espèces dites exotiques. Les mésanges bleues et charbonnières circulaient en bandes mixtes de feuillage en feuillage, offrant une belle leçon de vie sociale chez les passereaux. Les corneilles noires veillaient, guettant le moindre mouvement au sol, tandis que le roucoulement sourd des pigeons ramiers ponctuait la matinée de sa mélodie caractéristique.
Deux tambourineurs se sont invités au programme, sans toutefois se montrer : le pic vert et le pic épeiche ont été identifiés à leurs cris distinctifs, respectivement le fameux « rieur » du premier et le « tchack » nerveux du second. Identifier une espèce par son chant ou son cri avant même de la voir : voilà l'une des compétences essentielles que les naturalistes développent au fil des saisons, et dont les élèves ont compris tout l'intérêt ce matin.
Les champignons, nombreux à cette saison, ont nourri de riches observations et discussions sur leur rôle écologique : ces décomposeurs indispensables au recyclage de la matière organique et à la santé des sols forestiers.
Préjugés en débat et questions en cascade
Cette sortie fut aussi l'occasion de dissoudre de nombreux préjugés qui collent encore à la peau de la faune sauvage. Les élèves ont été très attentifs et les questions étaient nombreuses (pour mon plus grand plaisir !). C'est encourageant, et cela donne profondément sens au métier de guide naturaliste quand le public est aussi attentif et curieux.
Notre passage devant les panneaux de chasse a d'ailleurs ouvert un débat nourri : celui de la « régulation ». Nous avons évoqué ensemble l'aberration que constitue cette logique de régulation annoncée, alors même que le monde de la chasse ne laisse plus de place à la présence des prédateurs naturels. Comment invoquer l'équilibre des écosystèmes quand les carnivores sauvages qui assurent naturellement cette fonction sont éliminés ? Une belle illustration de la complexité des relations entre l'homme et le vivant, et une invitation à porter un regard critique et informé sur les messages affichés en forêt.
Un engagement en germe
Les éco-délégués ne sont pas venus en spectateurs passifs. Chargés de cette mission au sein de leur collège, ils repartiront avec des observations, des connaissances et des questionnements à partager avec leurs camarades. C'est précisément le rôle de ces sorties : transformer la sensibilisation en transmission. Chaque élève parti avec une question dans la poche est une graine semée pour la biodiversité de demain.
Merci au Collège Sonia Delaunay de Gouvieux pour sa confiance renouvelée, à l'équipe pédagogique pour l'organisation, et surtout à ces jeunes éco-délégués pour leur curiosité et leur écoute. La fraîcheur matinale n'y a rien changé : c'est le cœur chaleureux que nous avons quitté le Bois des Bouleaux.
— Greg, Guide Naturaliste | Karuna Nature
