Samedi matin, 8 heures. Les Étangs de Commelles s'éveillent encore à peine quand les sept participants se retrouvent autour d'un petit café, les yeux encore un peu embrumés mais déjà curieux. Il fait frais, ce beau frais de début de journée qui pique joliment les joues, et une lumière claire s'étire sur l'eau. Une température parfaite pour observer : ni trop froide pour engourdir les doigts sur les jumelles, ni trop clémente pour que les oiseaux ne daignent se montrer.
À peine les premiers pas sur le chemin que la propriétaire des lieux se manifeste : une Bergeronnette des ruisseaux balance sa longue queue au ras de l'eau, méprisant gracieusement notre petite assemblée. La matinée commence bien.
Sur les étangs, la vie s'anime doucement. Les Foulques macroules plongent avec application, tandis que les Grèbes huppés glissent en silhouette élégante, ces grands nageurs que rien ne semble pouvoir troubler. Plus discret, un Grèbe castagneux surgit furtivement entre les nénuphars (c'est un oiseau si farouche que chaque observation est une petite victoire). Les Gallinules poule-d'eau, elles, se permettre presque de poser pour nous, leur bec rouge écarlate brilliant comme un fanion dans les roseaux.
Un peu plus loin, le tableau classique des étangs : canards colverts endimanchés (justement), un Cygne tuberculé souverain qui traverse la pièce d'eau avec une lenteur majestueuse, et au loin, perchés sur les arbres morts, les silhouettes sombres des Grands Cormorans aux ailes déployées, séchant leurs plumées comme des totems préhistoriques.
Le spectacle continue au fil des pas. Dans les branches, une troupe mêlée s'active : mésanges charbonnières et bleues virevoltent en petits constellations animées, une Sitelle torchepot descend le long d'un tronc à reculons comme si c'était la chose la plus naturelle du monde (pour elle, ça l'est), un Pouillot véloce balance sa ritournelle insistante, et le Rougegorge familier, fidèle à sa réputation, s'approche à quelques mètres pour surveiller nos mouvements avec sa petite poitrine orangée gonflée d'audace.
Puis vient le moment que chacun attendait, parfois sans le savoir : un martin-pêcheur ! Ce fragment de bijou passé au ras de l'eau dans un éclair de bleu électrique. Tout le monde retient son souffle. Et pendant que les jumelles se braquent vers l'étang, un Pic épeiche tambourine sur un arbre, ponctuant la scène de son percussions sonores.
Le point d'orgue viendra enfin du ciel : une Buse variable tournoie longuement au-dessus de la forêt, offrant aux novices une leçon de patience et aux confirmés un bel exercice d'identification.
C'est alors qu'il fallut se rendre à l'évidence : les horloges ont perdu leur pouvoir sur nous. Tellement absorbés étaient les participants dans leurs jumelles et à la longue-vue que la sortie s'est prolongée de plus d'une heure. Personne ne s'en est plaint (bien au contraire).
Merci à tous pour votre curiosité, votre enthousiasme et votre bonne humeur. L'ambiance était au rendez-vous, et c'est elle aussi qui fait les belles sorties. Rendez-vous pour la prochaine aventure !
