Il y a des mots qu’on emploie beaucoup… et qu’on finit par user. “Biodiversité” en fait partie. En entreprise, on l’associe souvent à une image agréable : quelques oiseaux, des arbres plantés, un carré de prairie, une ruche sur un toit. C’est déjà quelque chose. Mais la biodiversité, en réalité, c’est bien plus vaste et surtout beaucoup plus concret. C’est la trame vivante qui tient ensemble l’eau, les sols, la fertilité, la pollinisation, la régulation des crues, la capacité d’un territoire à encaisser les chocs. Comprendre cela, c’est passer d’un sujet “sympa” à un sujet de responsabilité.
Quand on dit “biodiversité”, de quoi parle-t-on vraiment ?
La biodiversité, ce n’est pas un décor. Ce n’est pas “la nature” comme un paysage à admirer. C’est le vivant, à toutes les échelles :
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la diversité au sein d’une espèce (la génétique, la capacité à s’adapter),
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la diversité des espèces (plantes, animaux, champignons, micro-organismes),
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la diversité des milieux (prairies, forêts, rivières, zones humides, sols, friches…).
Et surtout (on l’oublie souvent) la biodiversité, ce n’est pas une liste d’espèces. C’est un réseau.
Le vrai trésor : les liens invisibles
Ce qui fait la solidité du vivant, ce sont les liens.
Une haie n’est pas “juste” une haie : c’est un corridor, un refuge, une réserve de nourriture, un coupe-vent, un régulateur d’eau.
Une zone humide n’est pas “juste” un marécage : c’est un filtre, une éponge, un amortisseur de crue.
Un sol n’est pas “juste” un support : c’est un monde.
À partir du moment où ces liens se défont, les fonctions s’effondrent. Et là, très vite, on ne parle plus de poésie : on parle de coûts, de risques, de vulnérabilité.
Pourquoi cela concerne directement l’entreprise ?
Parce que, sans même s’en rendre compte, une entreprise dépend du vivant. Tout le monde dépend du vivant.
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de l’eau, en quantité et en qualité,
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de sols stables, qui infiltrent, stockent, filtrent,
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d’une régulation naturelle (ravageurs, maladies, pollinisation),
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d’un territoire capable d’encaisser sécheresses et inondations.
On appelle parfois cela les services écosystémiques. Le mot peut sembler technique, mais l’idée est simple : ce sont les “petits miracles ordinaires” de la nature, qui rendent la vie possible, et l’économie aussi.
Deux questions qui changent tout : dépendances et impacts
Pour avancer en RSE biodiversité, il n’est pas nécessaire d’être expert. Il suffit de commencer par deux questions honnêtes :
1) De quoi dépend-on ?
Eau, sols, matières premières, stabilité du territoire, biodiversité agricole…
Et parfois, des dépendances très locales : un bassin versant, une nappe phréatique, une forêt proche, une zone humide en amont.
2) Qu’est-ce qu’on impacte ?
Artificialisation des sols, fragmentation des habitats, éclairage nocturne, rejets, ruissellement, pesticides, achats à forte empreinte (papier, bois, textile, alimentaire), logistique…
Souvent, c’est là que la vérité apparaît : la biodiversité n’est pas “un projet à côté”, elle est une lecture du réel.
Trois pièges très fréquents (et comment les éviter)
Piège n°1 : confondre biodiversité et climat
Les deux sont liés, mais ce ne sont pas les mêmes leviers.
On peut faire une action “carbone” qui, mal pensée, dégrade des milieux. Et inversement : on peut améliorer la biodiversité sans que cela se voie sur le carbone à court terme. Les deux sujets doivent se parler, pas se remplacer.
Piège n°2 : croire que planter des arbres suffit
Planter peut être très bien… à condition de le faire avec exigence : essences adaptées, diversité, sol vivant, gestion sur la durée, suivi. Sinon, on risque de fabriquer une opération de communication plus qu’un écosystème.
Piège n°3 : promettre de “compenser”
En biodiversité, le bon ordre est simple :
éviter → réduire → restaurer (et seulement ensuite contribuer).
Le plus sérieux, c’est ce qu’on empêche de dégrader.
Par où commencer, concrètement, sans se perdre ?
Il n’y a pas besoin d’un plan parfait. Il faut un premier pas solide.
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Regarder le site et ses abords : eau, sols, continuités, éclairage, zones refuges.
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Identifier 3 à 5 pressions majeures : celles qui font vraiment la différence.
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Choisir des actions à fort effet : souvent, la lumière nocturne, l’eau, les sols, l’artificialisation, la gestion des espaces.
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Mettre un suivi simple : pas pour faire joli, mais pour apprendre et ajuster.
Ce qui construit la crédibilité, c’est la continuité : faire, mesurer, corriger. Et dire aussi ce qui est difficile.
À quoi ressemble un objectif biodiversité “propre” ?
Un bon objectif, c’est un objectif qui a des pieds dans le sol :
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un lieu (sur quel site ?),
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un levier (éclairage, désimperméabilisation, gestion des espaces, achats…),
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un indicateur (simple, compréhensible),
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un calendrier et un responsable.
La biodiversité n’aime pas les slogans. Elle répond au soin, à la précision, et au temps long.
Conclusion
La biodiversité, en entreprise, ce n’est pas “faire quelque chose de vert”.
C’est apprendre à voir ce qui soutient réellement nos activités : l’eau, les sols, les milieux, les liens invisibles. Quand on comprend cela, la RSE change de nature : elle devient moins décorative, plus responsable et, paradoxalement, plus simple. Parce qu’on sait enfin où agir.



